L’une des lois marquantes ayant suivi l’élection de François Mitterand a à coup sûr été la Loi du 2 mars 1982 de décentralisation (dite Loi « Deferre »). Trente ans après, François Hollande tenait ce samedi un meeting en présence notamment de nombreux élus des territoires de France, afin de faire un bilan d’étape, et de donner un nouveau souffle à la décentralisation.
Soyons d’accord sur un point. Fondatrice en 1982, la décentralisation devrait désormais être un thème commun à la droite et à la gauche, si du moins l'on s'en tient aux discours.
Il appartient en effet aux collectivités territoriales de gérer un grand nombre de politiques locales, et l’Europe donne aux régions un rôle d’importance dans le développement économique. Et
c’est un lieu commun de citer François Mitterand qui déclarait : « La décentralisation a eu besoin de la centralisation pour se faire ; elle a besoin de la décentralisation pour ne pas se défaire
».
De plus en plus, on peut se demander si l’Etat n’a pas vocation à assurer une mission de régulation, quand les collectivités territoriales, proches des habitants, innovantes et
adaptées aux différents territoires, assureraient la majeure partie des services publics.
Une tendance à nuancer pour plusieurs raisons : d’abord, certains services publics auront toujours vocation à être assurés par l’Etat, comme l’éducation ou les services publics
régaliens. Ensuite il est nécessaire que les collectivités soient dotées de moyens suffisants pour assurer leurs différentes missions. Enfin, il faut veiller à ce que l’égalité entre citoyens
soit garantie au sein de cette diversité territoriale.
Si tel est bien le destin de la décentralisation, dans les faits les deux derniers quinquennats auront marqué une régression. D’abord, la loi du 16 décembre 2010 a supprimé la
clause générale de compétence pour les départements et les régions, alors qu’elle leur permettait d’intervenir dans tout domaine intéressant la vie de leurs habitants. S’agissant des ressources,
de nombreuses compétences obligatoires ont été transférées depuis 2004, sans que les moyens afférents suivent ; au demeurant, les dotations aux collectivités locales ont été gelées depuis quatre
ans, et la réforme de la fiscalité locale a considérablement restreint leurs ressources. Enfin, l’insuffisance des dispositifs de solidarité et de péréquation fait trop souvent rimer diversité
territoriale avec l’inégalité des citoyens.
C’est une autre ambition qui animait hier le discours de Dijon, celle d’une nouvelle étape pour la décentralisation, cette fois ci dans la bonne direction.
Avant de détailler les propositions, c’est l’esprit qui doit être souligné : celui de la confiance et du partenariat entre collectivités territoriales et Etat. Alors le gouvernement précédent a procédé unilatéralement par décrets, il faut au contraire privilégier la logique contrat pour mobilier les territoires. Davantage de souplesse doit ainsi encourager la proximité, la créativité des collectivités territoriales tout en veillant, à un niveau national, à ce que l’égalité soit respectée.
La décentralisation doit conduire à donner aux collectivités la liberté de s’organiser pour agir, quand l’Etat veillera à l’égalité des citoyens.
Les propositions du discours de Dijon étaient nombreuses : suppression du conseiller territorial et promotion de la parité aux élections locales, maintien des 36 000 communes,
qui sont une richesse en raison de leur proximité avec les habitants, et développement parallèle de l’intercommunalité de projet, fin du cumul des mandats de parlementaire et d’exécutif local,
ratification de la charte européenne des langues régionales… etc. Il est impossible d’en faire la liste exhaustive.
Avant de finir ce billet, un point doit tout de même être souligné : la décentralisation est l'un des premiers outils du redressement face à la crise, car les collectivités
territoriales doivent devenir le fer de lance du développement économique et social.
Dans les années 30, le keynésianisme avait prôné une intervention massive de l’Etat central pour relancer l’économie. Usé dans les années 70, ce modèle a laissé ensuite la place au libéralisme
reaganien, et à la dérégulation excessive, dont les effets désastreux ont été mis en évidence par les crises nombreuses, notamment celle de 2008. Voici dès lors venu le temps d’une
nouvelle politique économique où l’intervention publique sera en grande partie assurée par les collectivités territoriales quand l’Etat assurera une mission stratégique de
régulation.
A ce titre, il a été proposé hier de confier aux seules régions, non plus à l’Etat, la gestion des fonds structurels de développement européen.
Le développement économique pose la question des moyens, mais aussi celle de structures.
Pour cela, un nouveau statut de métropole doit permettre aux grandes villes de rivaliser avec les grandes métropoles européennes. Si un tel statut a été créé par la loi de 2010, il est insuffisant car la métropole ne dispose pour l'instant pas de la compétence en matière économique, à la place de la région, ce qui semble pourtant indispensable au développement urbain. Les métropoles européennes telles Barcelone sont en effet dotées de cette compétence, ce qui permet de mener des politiques adaptées au tissu urbain local, par exemple en matière d’emploi. Il est donc souhaitable que le statut de métropole, tout en étant suffisamment souple pour s'adapter à chaque situation urbaine, permette aux grandes villes de mener des politiques globales et efficientes.
Pour conclure, en accroissant le rôle des collectivités territoriales dans les politiques publiques, c’est la mission des élus, représentants locaux des citoyens, et donc le service de
l’intérêt général que l’on revalorise, quand la droite avait fait de l’argent le seul étalon du prestige. Le tout au service d'une République indivisible, démocratique, laïque,
et sociale.
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